La Ferme du Buisson, entre patrimoine et innovation

La Ferme du Buisson, entre patrimoine et innovation

18 février 2020
Cinéma
Salle 1 de la Ferme du Buisson
Salle 1 de la Ferme du Buisson Ferme du Buisson
Rouvert en novembre dernier après presque 6 ans de travaux d’extension et de rénovation, le cinéma de La Ferme du Buisson a retrouvé ses deux salles tout en proposant des nouveaux espaces à son public. Le tout imaginé par l’architecte Farid Azib (cabinet Randja) en cohérence avec le cadre historique du lieu, classé aux Monuments historiques.

Dominique Toulat Ferme du Buisson/DR

Noisiel, en Seine-et-Marne. Transformée en centre culturel à partir du début des années 1980, la Ferme du Buisson accueille en son sein trois pôles culturels (avec un abonnement commun et des passerelles entre les différentes programmations) : une scène nationale, un centre d’art et un cinéma qui vient de subir une importante transformation. Ce chantier a permis à l’établissement dirigé par Dominique Toulat d’offrir plus de confort à ses spectateurs dans ses deux salles qui peuvent accueillir respectivement 261 personnes (avec 7 places PMR) et 125 spectateurs (dont 4 places PMR). « En termes de jauge, nous n’avons que quelques fauteuils de moins qu’avant dans la petite salle. Nous avons avant tout reconfiguré les lieux : certains rangs étaient par exemple trop près de l’écran. La capacité d’accueil de la grande salle est plus importante et elle dispose désormais d’un écran de 13 m de base, détaille-t-il. Avant, les multiplexes communiquaient beaucoup sur la notion de confort alors que les salles Art et Essai privilégiaient la programmation. Mais les exigences du public ont évolué, ce besoin de confort existe, quelles que soient les œuvres qu’on vient voir. Le choix du film n’est pas le seul travail du programmateur, il y a également l’accompagnement, les rencontres régulières avec les cinéastes, la façon dont les spectateurs sont accueillis, les expériences qui leur sont proposées ».

Un lieu pour les « pratiques du cinéma »

Atelier jeux optiques à la Ferme du Buisson hierry Guillaume/DR

Proposant déjà deux salles avant cette rénovation et cette extension -  la grande salle a été déplacée dans un nouveau bâtiment, laissant son ancienne place à la petite salle -, le cinéma de la Ferme du Buisson ne compte pas changer son identité. Classé Art et Essai et labellisé "Recherche & découverte", "Jeune public" et "Patrimoine & répertoire", l’établissement va conserver sa programmation « ouverte sur le monde » et les films européens. Le vrai changement est à chercher du côté des espaces proposés au public. Alors que le Pigeonnier a été aménagé en entrée et lieu d’exposition, un Atelier a été inauguré. Consacré aux pratiques du cinéma, il accueille par exemple chaque semaine un cours sur le cinéma d’animation. Des ateliers sont également prévus pour les scolaires et pour des groupes. « Nous avons en ce moment un cours de programmation avec un groupe d’une association sociale. Ils vont regarder des courts métrages et créer un programme qui fera l’objet d’une séance grand public ».

Pensé comme une vraie « salle de travail », cet Atelier donne également accès à des tablettes ou des ordinateurs. « Nous avons eu pendant deux semaines des étudiants d’une école d’ingénieurs. Dans le cadre d’un projet tutoré, ils ont créé une borne d’arcade vidéo vintage, construite par un Fab Lab situé à proximité, qui sera adaptée à la Ferme du Buisson. Nous voulons que le public puisse passer du temps dans cet espace pour découvrir autre chose et même pour y travailler. L’Atelier est destiné à être mis à la disposition des jeunes du territoire qui ont des projets personnels de réalisation et qui sont en autoproduction. Souvent, ils ne sont pas en manque de matériel pour tourner, mais ils ont besoin d’un lieu où ils peuvent se retrouver en dehors de chez eux et de la fac. L’intérêt est de créer des liens avec eux : en venant sur place ils vont connaître l’équipe et leurs propres projets peuvent trouver des écrans de diffusion ici. Nous souhaitons créer ainsi une boucle vertueuse ».

Autre espace nouvellement créé : le « Salon des bonus » installé dans une salle de 100m² sous les charpentes historiques du bâtiment et accessible librement lors des horaires d’ouverture du cinéma. Il met à disposition plusieurs postes permettant au public de découvrir aussi bien des courts métrages que des clips vidéo ou des entretiens filmés de réalisateurs. « Nous partons en grande partie de la programmation du cinéma et nous proposons une extension de la programmation comme des courts métrages du même réalisateur qu’un film à l’affiche, venant du même pays ou ayant une thématique commune, explique Dominique Toulat. Lorsqu’on exploitait Notre Dame de Valérie Donzelli, nous proposions ainsi deux courts métrages qu’elle a réalisés, d’autres dans lesquels elle a joué, des entretiens d’elle et du comédien Thomas Scimeca ainsi que des contenus autour de la danseuse Maud Le Pladec qui a chorégraphié des éléments du film. C’est une programmation augmentée, d’où le terme « bonus » comme pour les DVD. »

Salon des bonus Thierry Guillaume

La Ferme du Buisson a noué un partenariat avec l’Agence du court métrage, la Fémis, Le Fresnoy, l’Ecole Louis Lumière et le RECA (le Réseau des Ecoles française de Cinéma d'Animation) pour récupérer des films. Des postes « jeunes auteurs » sont d’ailleurs installés tout comme d’autres destinés au jeune public, « ce qui permet aux parents de regarder autre chose pendant ce temps-là ». « Cet espace est en lien avec les habitudes de consommation axées sur le digital. Ce sont des écrans tactiles : c’est ludique, simple d’utilisation, très intuitif. Le public peut sauter d’une borne à une autre et en profiter en marge d’une séance. Certaines personnes ne viennent également que pour ça.  Aujourd’hui, il y a mille raisons de voir des films, et mille raisons de ne pas aller en salles. Pour qu’une salle de cinéma donne envie aujourd’hui, il faut aussi bousculer un peu les habitudes et en faire un lieu de vie », souligne le directeur du cinéma en ajoutant qu’un fond vert sera bientôt installé et des conférences seront organisées.

Un cadre historique

Hall de la Ferme du Buisson Thierry Guillaume

L’actuelle Ferme du Buisson est installée dans un bâtiment classé Monument historique depuis 1986. Construit en 1880 sur les fondations d’une ferme du XVIIIe siècle, ce dernier appartenait à la famille Menier qui détenait une usine de chocolat installée dans la ville. « C’était une ferme modèle, un petit train partait d’ici pour alimenter le centre de Noisiel en produits de la ferme », raconte Dominique Toulat au sujet de ce « haut lieu de développement des innovations technologiques dans le monde agricole » avant de devenir un « lieu d'expérimentation dans lequel la science est mise au service de l’agriculture ». « Cet endroit a un cachet » poursuit-il en évoquant la brique, la cour du cinéma et les charpentes dont une partie a été réalisée par les ateliers Eiffel. Il fallait donc rénover sans pour autant dénaturer ce lieu singulier. « Le projet de l’architecte était de travailler le béton, le métal et le bois, et d’avoir une forme qui prolonge le corps de la ferme - en restant en continuité avec les espaces existant - tout en créant un espace singulier. L’aspect historique n’a pas été le plus difficile à gérer malgré les contraintes. Les Architectes de France ont apprécié le fait qu’il y ait un geste radical sur l’architecture et que ce ne soit pas une copie de l’ancien. La charpente historique, qui était fragilisée par endroits, demandait une conduite de chantier particulière. Mais nous avons surtout cumulé les galères. Le chantier qui devait durer 2 ans s’est finalement étalé sur 6 années. Des entreprises et l’architecte ont déposé le bilan. Je suis devenu expert en galères de chantier », sourit-il.

Ce chantier a été financé par la Communauté d'agglomération Marne-la-Vallée / Val Maubuée, propriétaire du lieu, et a reçu des aides du CNC, de la région et du département ainsi qu’une aide européenne liée aux travaux de rénovation qui intègrent des notions de développement durable (le site est chauffé par géothermie).